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2 de septiembre de 2023

Ana Maury et Morillon Avocats (SÉRIE LIMITÉE)

Ana Maury et Morillon Avocats (SÉRIE LIMITÉE)

Bonjour Analena, nous sommes très heureux de vous interviewer pour la section SÉRIE LIMITÉE de Morillon Avocats. Nous aimerions que vous vous présentiez

Bonjour Analena, nous sommes très heureux de vous interviewer pour la section SÉRIE LIMITÉE de Morillon Avocats.

Je suis française, de mère espagnole. J’ai vécu et grandi à cheval sur les deux cultures depuis ma naissance, au point de me sentir espagnole en France et française en Espagne. Cela ne représente aucun problème, si ce n’est le fait de ne pas avoir vraiment de sentiment d’appartenance, si tant est que l’on peut considérer cela comme un problème.

À la base, j’ai fait des études en Sciences de l’Information et de la Communication au Celsa – Sorbonne, et j’ai commencé ma carrière professionnelle dans le marketing, là où étaient les métiers à la mode à ce moment-là.

Bien du temps a passé depuis, et après une longue période consacrée à l’ingénierie pédagogique et à la formation, j’ai décidé il y a quelques années de me consacrer à l’écriture et la narration, en me spécialisant plus particulièrement dans les récits de vie, les biographies, l’écriture thérapeutique et des récits psycho-généalogiques.

En parallèle, j’écris pour des tiers, c’est à dire que je rédige, je corrige et je produis des écrits pour des particuliers et des entreprises qui ne veulent pas consacrer de temps à cette facette de leur communication mais en ont impérativement besoin.

En réalité, c’est un tournant qui n’en est pas vraiment un, disons que ce qui a changé c’est le type de client et la matière sur laquelle je travaille, car dans le fond, je me suis toujours occupée de communication, tant dans mon étape dans le marketing que dans les métiers de la formation.

Il a toujours été question de concevoir, élaborer et raconter des histoires, mais à présent mon activité se centre sur des histoires de personnes, des histoires privées, pourrais-je dire. Le service aux entreprises ressemble plus au travail d’un consultant mais l’intention qui l’anime est la même : écrire pour transmettre de la meilleure manière possible ce que l’on veut partager.

Ce sont des projets distincts mais similaires, et ils ont un point de départ en commun : quelqu’un souhaite raconter une histoire, soir personnelle, familiale, ou biographique, avec l’intention de laisser le témoignage d’un vécu, ou d’expliquer une trajectoire de vie, ou de transmettre une tradition, de raconter un projet, révéler un secret ou une vérité qui n’a pas été racontée.  Beaucoup de personnes ressentent, le moment venu, que leur vie ne peut être quelque chose de fugace et de « combustible » mais qu’au contraire elle mérite de laisser une trace, ne serait-ce que dans un cercle restreint.

Plus nous vieillissons, plus nous ressentons le besoin que ce que l’on a vécu ait un sens, et il n’y a pas de meilleur moyen que de le pérenniser. Les paroles s’envolent, à moins qu’elles ne soient écrites.

C’est une activité assez facile à comprendre, à mon avis, même si elle est peu connue. Tous les gens qui pratiquent l’écriture savent que c’est une forme de libération, si toutefois on respecte certaines règles telles que l’honnêteté, l’absence d’auto-censure, la recherche de sa « propre » vérité. Nombreux sont les auteurs, connus ou non, qui ont trouvé une issue à des problèmes ou des conflits plus ou moins graves en écrivant ce qu’ils avaient besoin d’exprimer. C’est cela, l’écriture thérapeutique, et en règle générale, j’ai envie de vous dire que toute forme de création est une sorte de thérapie ou du moins un mode de transformation.

Je pense qu’au cours de nos vies nous acquérons des freins, des barrières ou même des tabous internes qui nous empêchent non pas seulement de nous exprimer mais parfois même de savoir ce que nous souhaitons exprimer. Sans entrer dans le terrain de la psychologie, que l’on doit laisser entre les mains des professionnels, un programme d’apprentissage d’écriture réellement thérapeutique va d’une part contribuer à briser ces freins et d’autre part mettre à disposition les ressources et outils de la langue écrite qui ne sont pas toujours faciles à dominer et utiliser.  Il ne suffit pas d’énoncer quelque chose, encore faut-il BIEN l’énoncer. Et l’expérience m’indique qu’il en est de même pour écrire une biographie ou un quelconque récit de vie.

Quoique vous ayez envie de raconter, vous pouvez le faire en 20 mots, ou en 200, ou plus. Dans un cas, on ne peut exprimer tout la richesse, ou l’intensité ou la profondeur des faits que l’on raconte. Dans l’autre, on sentira que l’on a « extériorisé » avec plus de précision ce qu’on l’on veut dire. C’est là que réside l’effet thérapeutique, ou la libération ou simplement la satisfaction d’une narration « complète ». La plupart des familles avec lesquelles je travaille se contenteraient d’écrire leurs vies en 20 pages et, à priori, non seulement cela n’aurait aucun intérêt mais en plus elles en ressentiraient une grosse déception. Leur fournir la satisfaction de trouver la richesse d’expression dont elles ont besoin pour raconter ce qu’a été leur histoire fait que le projet est du sens pour elles.

Absolument, vous avez tout à fait raison. Mais si vous mettez bout à bout la centaine ou plus de « stories » que peut publier une personne désireuse de « se raconter » à ses followers, vous obtenez vite la quantité nécessaire de contenus pour construire un récit plus solide et plus profond. Et avec une vie « utile » bien plus longur que n’importe quel « post ».

Il manque à cette équation le phénomène d’amplification que fournissent les réseaux sociaux, que l’on atteint rarement avec un libre, en plus du fait de devoir l’acheter et soutenir après l’attention de la lecture…

C’est vrai. Je vous invite néanmoins à demander à n’importe quel follower des réseaux de vous raconter de quoi retournaient les 20 derniers reels ou stories qu’il a vu avant d’aller se coucher. Je ne connais pas les statistiques, mais je soupçonne que tous ces contenus sortent avec la même facilité qu’ils entrent. Et pendant ce temps-là, le cerveau perd ses ressources d’expression car ne l’alimenter que d’images et de vidéos, avec des toutes petites doses de mots, voilà la formule secrète pour perdre son vocabulaire. Le Quichote emploie près de 23 000 mots. Un individu moyen, de nos jours, emploie approximativement 5 000 mots de vocabulaire actif (il peut en connaître plus). De la qualité et quantité de l’expression dépendent celles de la pensée, et vice versa. Je vous laisse tirer vos propres conclusions…